AKHENATON
(Celui qui est utile à Aton)

Le futur Akhénaton est un enfant chétif
qui préfère contempler le ciel plutot
que de s'entraîner avec son maître d'armes.
Sa mère, la reine Tiyi, qui a un
ascendant considérable sur son fils,
l'élève dans la crainte du clergé d'Amon.
Son père, Aménophis III, n'aime pas
beaucoup ce petit prince malingre au
regard triste et au ventre ballonné.
A sa mort, Aménophis III, père d'Aménophis IV,
futur Akhénaton, laisse son pays sous
la menace des Hittites, qui rêvent
d'envahir l'Egypte.
Lorsque Aménophis IV monte sur le
trône, vers 1375 av JC, l'Egypte est
gouvernée par le puissant clergé d'Amon, puisqu'Aménophis qui a alors
16 ans est trop jeune pour gouverner ! La puissance des prêtres
inquiète le jeune monarque. Le pharaon pressent que l'oisiveté, récupérée
par les prêtes d'Amon pour dicter leur roi,
risque de porter atteinte au pouvoir
de Pharaon.
Marié à la célèbre Néfertiti, le jeune
roi tente, en vain, de briser le
carcan imposé par les prêtres.
Il adhère alors au culte oublié d'Aton,
dieu d'Héliopolis, l'antique métropole
sacrée.
Sachant que seule une révolution pourrait
contrer le clergé d'Amon, Aménophis IV décide, la 6ème année
de son règne, de faire d'Aton le dieu
absolu de l'Egypte et de bannir les
autres divinités du panthéon millénaire.
Lui-même change son nom en Akhénaton.
Cette révolution s'accompagne d'une
répression brutale. Le jeune roi,
soutenu par la reine Néfertiti, fait
fermer les temples d'Amon, persécute
son clergé, fait même détruire le nom
du dieu proscrit dans toute l'Egypte.
Akhénaton abandonne Thèbes, et, vers 1362 av JC, fonde une nouvelle
capitale, Akhet-Aton, "l'horizon d'Aton",
située en aval de la première.
Le culte monthéiste d'Aton ne dure
que le temps du règne d'Akhénaton.
Sa capitale (aujourd'hui Tell el-Amarna)
connait le destin des cités abandonnées,
oubliée, recouverte par les sables
du désert.
Vers la fin de son règne, il se brouille
avec Néfertiti, et partage le pouvoir
avec un certain Smenkhkarê dont on
ne sait pas grand chose, sinon qu'il
épousa Méritaton, l'une des filles
d'Akhénaton.
On ne sait, ni comment, ni quand
mourut Akhénaton, pharaon hérétique
et fin politique.
Comment vivait Akhénaton ?
C'est au sud de la ville de Tell el-
Amarna que se trouve Marou-Aton,le
palais d'été d'Akhénaton. Le souverain
y passe plus de temps que dans le
grand palais du centre de la ville,
où se déroulent plutôt les cérémonies
officielles.
Le palais du Sud possède deux enceintes
rectangulaires. La plus petite abrite
un pavillon avec un hall à colonnes
et la salle du trône. Un petit jardin
entoure un plan d'eau bordé d'arbres.
Toutes les plantations se développent grâce au limon du Nil,
puisque la ville a été édifiée sur
un terrain inculte. D'où l'audace des
architectes et jardiniers d'Akhénaton
et les prouesses qu'ils ont accomplies
pour transformer un désert hostile
en oasis de verdure.
C'est dans ce paradis qu'Akhénaton et Néfertiti ont l'habitude
de recevoir. Au nord, le palais se
termine par une jetée de pierre qui
permet aux invités de prendre place
sur des petits bateaux chargés de les
amener sur la rive opposée, où le couple royal les attend.
Etait-ce la jardin d'Eden ?

Le rêve de Thoutmosis IV

C'est tout de même une curieuse idée que de se promener dans le désert en plein midi. Le jeune prince qui se hasarde à cette équipée s'est laissé, depuis le matin, entraîner par la passion de la chasse, mais il est saisi d'une lassitude bien explicable. Il arrête sa suite d'un geste impérieux et, descendant d'un bon de son char léger, il s'avance vers la seule zone ombragée qui s'offre à ses yeux.
Elle se trouve... Entre les pattes du Sphinx de Gizeh !
Les esclaves nubiens disposent des nattes à même le sol, d'autres étentent un auvent de lin blanc, d'autres encore balancent doucement des palmes pour rafraîchir l'air brûlant. Le silence s'étend sur le désert.
Le sommeil pèse sur les paupières du jeune homme.
Il s'appelle Menkhéperouré. Il est le fils d'Aménophis II et le petit-fils du grand Thoutmosis III, successeur de la reine usurpatrice Hatchepsout, dont les 17 campagnes victorieuses ont mené l'Egypte à l'apogée de sa puissance.
Pour l'heure, le prince se repose.
Au dessus de lui veille le monstre admirable, le lion à tête d'homme, le gardien de la nécropole qui, la face tournée vers l'est, guette chaque matin le lever du soleil. Il a été taillé dans la colline de calcaire blond sur l'ordre d'un autre pharaon, Khephren, plus de 1000 années auparavant. Depuis, bien des règnes se sont succédés. Et bien des dynasties. Les maîtres de l'Egypte ont pour certains déplacé des montagne, d'autres ont creusés des lacs, élevé des palais, enfuis des tombeaux, amassé des trésors, conquis des pays lointains et réduit en esclavage des peuples innombrables. Mais ils n'ont pas pris garde aux outrages du temps subit par le grand Sphinx impassible. Certes, ils n'ont jamais cessé de lui offrir les hommages, les prières et les offrandes. Et plus encore depuis que Memphis est devenu la seconde capitale du pays avec Thèbes. Il ne l'appelle plus seulement Hamarkhis, qui signifie "Horus dans l'horizon", mais "Hor-em-Akhet-Kheper-Rê-Atoum" qui signifie "Le soleil dans toutes ses phases". Car il est Horus, soleil de l'aurore, Rê soleil de midi et Atoum soleil du crépuscule. Trois fois dieux. Et pourtant impuissants face à la seule force qui, outre le fleuve Nil, échappe ici aux dieux, le vent. Celui-ci pulvérise patiemment les roches, soulève les grains impalpables en nuages voyageurs et déplace les dunes comme de lents pachydernes. Le vent, avec son allié silencieux, le temps, est parvenu à emprisonner le dieu dans les sables du désert. Au secret de son tombeau, les prunelles démaillent de Khephren momifié ne peuvent voir ce sacrilège. Les vivants eux sont aveuglés par l'habitude. Mais dans son sommeil, avec les yeux du coeur, le prince prend conscience de l'injure faite au dieu. Il entend, en rêve, la voix du Sphinx, ses plaintes, ses promesses. Il en est si fortement frappé qu'il n'aura de cesse, à son réveil, qu'il n'accède à ses prières et n'obéisse à ses ordre. Et il fait graver le récit détaillé de son rêve sur une stèle de granites placé entre les pattes du grand Sphinx, là même où, encore adolescent, il s'était endormi.
2000 ans plus tard, on peut encore y lire, à condition de déchiffrer les hiérogliphes ! - le texte suivant:

"Un jour, il advint que le fils royal Thoutmosis, qui allait se promener à l'heure de midi, se reposa à l'ombre de ce grand Dieu. La torpeur du sommeil le saisi au moment où le soleil était au zénith. Il s'aperçut alors que la Majesté de ce dieu auguste lui parlait de sa bouche même comme un père parle à son fils disant:
- Regarde-moi, contemple-moi, ô mon fils Thoutmosis, je suis ton père, Horus-dans-l'horizon, Khepri Rê-Atoum, le soleil en tous les moments de son cycle. Je te donnerai la royauté sur la terre, à la tête des vivants. Tu porteras la couronne blanche et la couronne rouge sur le trône de Geb, le prince des Dieux. La terre t'appartiendra en sa longueur et sa largeur et tout ce qui l'illumine l'Oeil brillant du Maître de l'univers. Les nourritures provenant du double pays seront pour toi, pour toi aussi les grands tributs de chaque pays étranger, et une durée de vie riche en années.
>> Mon visage se tourne vers toi. Mon coeur vers toi. Tu es mon protecteur et mon guide, celui qui demeure dans le circuit d'élection de mes membres. Voilà que maintenant le sable du désert me tourmente, le sable au dessus duquel j'étais autrefois. Aussi hâte-toi vers moi pour que tu puisses accomplir tout ce que je désire. Je sais que tu es mon fils et mon protecteur. Approche-toi de moi. Vois, je suis avec toi et je serais ton guide.<<"

Au XIX ème siècle, les Egyptologues ont cru que cette stèle monumentales était une porte qui menait à l'intérieur du Sphinx, jusqu'à une chambre secrète où, naturellement, se cachait un fabuleux trésor. Aujourd'hui, la thèse semble improbable car on sait qu'à l'origine, le Spinx se trouve sur un socle rocheux, aussi haut que la statue elle-même.
Au XX ème siècle, d'autres savants ont émis l'hypothèse que le rêve était en quelque sorte politique. Thoutmosis n'aurait pas été le fils aîné, donc l'héritier légitime du trône, et aurait, sinon inventé, du moins enjolivé ce songe pour apparaître comme un élu des dieux. Ce qui est certain, et sur ce point tous les historiens sont d'accord, c'est que son règne fut l'un des plus heureux de tout la XVIII ème Dynastie. Devenu pharaon en 1425 avant J-C, il est comblé des bienfaits promis. Il remporte la victoire sur les tribus rebelles de Nubie qu'il écrase en un grand massacre. Il jouit de la paix avec son voisin d'Asie Mineure, grâce à son mariage avec la fille du roi du Mitanni, qui sera la première princesse indo-européenne à monter sur le trône d'Egypte. Il reçoit les offrandes de ses vassaux, qui lui apporte l'or et la cornaline, l'ébène et l'ivoire, les esclaves, le bétail, les chiens, les cheveux et les panthères. Il achève ou poursuit la construction des temples. Surtout, il dégage le Sphinx de son ensablement et, pour empêcher un nouvel enfouissement, il fait construire un mur dont on n'a retrouvé des pans entiers de briques marquées de son monogramme. Il inaugure ainsi une tradition qui va perdurer. A chaque nouvel ensablement du Sphinx, il se trouvera un pharaon, un prince, un empereur pour repousser le sable. Ramsès II procède à des réparations au XIII ème siècle avant J-C. Puis, durant la période greco-romaine, de grands travaux sont entrepris aux alentours. Plus tard, Néron, dès son avènement, se préoccupera de le désensabler. Puis Marc-Aurèle et Septime-Sévèreau IIè siècle après J-C renforce les murs de la cour. Il reste un objet de vénération et un lieu de pèlerinage jusqu'au IVème siècle environ, avant d'être enfui sous le sable de l'oubli par le christianisme puis par l'islam.
Dans la tombe de Thoutmosis IV, on a retrouvé, sur un panneau de cèdre, une effigie du roi. Il est représenté sous la figure d'un Sphinx à corps de lion, tête d'homme et ailes de faucon.